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Bicentenaire de la découverte de la Nicotine

vendredi 28 janvier 2011

Nicotine, le nom est connu de tous, mais en connaissez-vous ses propriétés ?

 Nicot et la nicotine

La nicotine doit son nom à Jean Nicot.
La nicotine est un alcaloïde contenu en grande concentration dans les feuilles des plants de tabac (Nicotina Tabacum) , 10 à 20 mg par gramme de tabac séché.
La nicotine se retrouve dans la fumée du tabac, jusqu’à 20 mg dans la fumée produite par une cigarette.

 La nicotine

La nicotine sous forme cristallisée est isolée en 1809 par Louis Nicolas Vauquelin, professeur de chimie à l’école de médecine de Paris.
En 1893, la formule chimique de la nicotine est élucidée et sa structure est développée.

 Un alcaloïde très toxique

La nicotine est un des plus violents poisons connus. C’est un moyen dont dispose la plante de tabac pour résister à ses prédateurs.
Une seule goutte de nicotine instillée dans l’œil d’un chien suffit à provoquer sa mort !
Prudence donc avec les mégots qui trainent, on ne compte plus les jeunes enfants amenés en catastrophe au service des urgences, après avoir ingéré des mégots.

 Premières études physiologiques

Claude Bernard mène les premières études physiologiques sur la nicotine dans le milieux du XIXe siècle.
Il utilise le curare et la nicotine pour étudier la transmission chimique de la contraction musculaire.
Le curare bloque la transmission de l’influx nerveux.

 Les récepteurs nicotiniques

Au XXè siècle Langley apporte un éclairage décisif sur les caractéristiques de la nicotine.
Il constate que le curare bloque la contraction déclenchée par la nicotine déposée à la surface du muscle et cette contraction persiste après section du nerf afférent.
À partir de cette constatation, Langley émet l’hypothèse de l’existence, à la surface du muscle, d’une substance réceptrice capable de capter la nicotine.
Quelque temps après, Sir Henry Dale démontre que la substance naturelle déclenchant la contraction musculaire est l’acétylcholine, agissant sur des récepteurs naturels qu’il différencie en récepteurs nicotiniques et muscariniques.
L’intuition géniale de Langley évoquant la notion de "récepteur nicotinique" restera théorique pendant plus d’un demi-siècle jusqu’aux travaux de Jean-Pierre Changeux qui, en 1970, réussi à isoler le récepteur nicotinique.
(Voir également les travaux de J.P. Changeux sur l’incidence de la nicotine sur le développement du fœtus)

Enfin la biologie moléculaire et la microscopie électronique permettent des progrès rapides durant les 20 dernières années.
L’action de la nicotine dans l’induction de la dépendance ou sur les fonctions cognitives a pu ainsi être étudiée expérimentalement.
Bien que les données pharmacologiques de la nicotine soit connues depuis longtemps, il aura donc fallu plus d’un siècle pour que les médecins fassent le lien entre ces données de base et l’utilisation du tabac chez l’homme.
Ce qui a été officialisé en 1988 par la publication du rapport du Surgeon General : "Nicotine addiction".  [1]

 Nicotine coupe-faim

La nicotine a un effet coupe-faim très apprécié des femmes en recherche du poids minimum.
Même si ce n’est que très rarement l’origine de leur tabagisme, c’est une des raisons majeures de leur maintien dans ce tabagisme.

 Nicotine et dépendance

La dépendance nicotinique est universellement reconnue et indéniable.
Toutefois, il est à noter que chaque fois qu’une molécule chimique a pu voir le jour, les drogués ont préféré celle-ci à la plante d’origine !
La nicotine se vend au litre, sans aucune interdiction et pourtant, je ne connais personne se “shootant” à la nicotine pure !
On ne note que de rares cas d’ex-fumeurs restant attachés aux gommes nicotiniques utilisées durant leur sevrage tabagique.
Il y a donc quelque chose d’autre dans le tabac co-responsable de la dépendance avec la nicotine.
Mais quoi ?
Peut-être un des multiples produits qui forment les goudrons.
On sait qu’en général les hommes recherchent plutôt les goudrons alors que les femmes sont attirées par la nicotine.
Pourtant, pas de goudron avec le Snus®, puisqu’il n’y a pas de combustion et pourtant les adeptes sont tout autant accro.
Il faut imaginer une autre ou d’autres molécules, contenues dans le tabac qui, associées à la nicotine seraient responsable de cette addiction extrêmement forte pour certains.

 Nicotine, marqueur du tabagisme

Le dosage de la nicotine, ou plus exactement de la cotinine, permet d’évaluer le tabagisme d’un fumeur.
Ce dosage est coûteux et nécessite une prise de sang. Il est par conséquent peu utilisé.
D’autre part, il suffit d’une abstinence de dix heures pour avoir un dosage équivalent à celui d’un non-fumeur.
Les fumeurs se réveillent le matin avec une nicotinémie basse.
Ils fument trois à quatre cigarettes pour relever rapidement leur nicotinémie( voir l’autotitration).
En fait, la nicotinémie atteindra son palier en début d’après-midi, c’est à ce moment qu’il faudrait faire le dosage.
Nous verrons dans l’article traitant des marqueurs du tabagisme d’autres méthodes plus simples et plus fiables.

 Tabac, nicotine et pH

La nicotine peut-être ionisée ou non selon que le milieu est acide (PH< 7) ou alcalin (PH>7).

Les tabacs bruns produisent une fumée alcaline (PH>7) , la nicotine non ionisée dans ce cas, passe facilement par la paroi buccale, pas besoin d’inhaler la fumée dans les poumons pour avoir sa dose de nicotine.
Par contre, les cigarettes blondes (anglaises, américaines) produisent une fumée très acide (PH< 7) et nécessitent d’absorber profondément cette fumée dans les poumons pour pouvoir en extraire la nicotine ionisée.

Comme vous le voyez, selon le type de tabac retenu, il est possible de choisir son cancer :
- Tabacs bruns... cancer bucco-pharyngé ;
- Tabacs blonds... cancer des poumons ! ! !

 Nicotine et performances

La nicotine a le pouvoir d’augmenter la vigilance et simultanément de vous détendre !
Tous les fumeurs vous diront : “Je fume parce que ça me calme...” et l’instant d’après : “Je fume parce que ça me stimule” ! (Paradoxe de Nesbitt - Cours DIU de tabacologie 2006 - Faculté de médecine Paris-Sud Professeur Robert Molimard)
Vous imaginez bien que ça n’a pas échappé aux sportifs notamment les spécialistes du saut au tremplin à ski et du biathlon, disciplines dans lesquelles la détente pour gérer le stress doit être au maximum avec une vigilance bien affutée.
Pour être en forme, et garder son souffle, impossible de fumer !
Certain ont choisi le tabac non fumé comme moyen commode de se doper de manière légale. L’effet ressenti est très court mais amplement suffisant pour les quelques secondes que dure un saut.
Des tests sont menés actuellement dans le milieu sportif sur les effets engendrés par l’application de patch à la nicotine. (Communication GEST 2008)
Le , peut être considéré comme une chique moderne !
Regardez bien, vous verrez plein de petites taches noires sur la neige, au départ du tremplin, ce sont les Snus® crachés avant le départ !

Mise à jour 28/01/2011

Notes

[1] le début de cet article rédigé en 2007 a été modifié le 28 janvier 2011 en m’inspirant de la présentation faite par le professeur Gilbert Lagrue, lors de la 19è édition des journées du GEST 2011

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