Suite aux différentes campagnes de prévention, aux nouvelles lois encadrant le tabagisme, les fumeurs peu dépendants ont arrêté de fumer.
Reste aujourd’hui un noyau dur de fumeurs très dépendants qui, pour la plupart (70%) souhaiteraient quitter le tabagisme, mais rencontrent de grandes difficultés pour arrêter.
Il apparaît que pour 50% d’entre eux, des troubles psychopathologiques non traités sont responsables de ces difficultés.
Le tabacologue est amené à vérifier s’il n’existe pas chez son patient, un état dépressif, des troubles anxieux chroniques, voir des troubles bipolaires non diagnostiqués et par suite, non traités, responsables de ces difficultés au sevrage tabagique.
Ces troubles souvent anciens, sont vus par le fumeur comme faisant parti de son caractère et par conséquent ne font l’objet d’aucune demande de soin.
Le fumeur trouve dans les composés de la fumée de cigarette les ressources à une automédication inconsciente de ces troubles.
C’est une des raisons de l’apparition courante, à la suite d’un arrêt du tabac, d’un épisode dépressif.
Les troubles bipolaires
Les troubles bipolaires restent mal connus et diagnostiqués tardivement.
En moyenne un délai de 7 à 10 ans a été constaté avant que le diagnostic soit prononcé.
Les troubles bipolaires sont caractérisés par une succession d’états dépressifs et d’états euphoriques excessifs (épisodes maniaques).
L’état dépressif est caractérisé par une humeur triste, des idées noires, une perte de dynamisme, une insensibilité au plaisir (anhédonie), des troubles de la concentration, un ralentissement psychomoteur avec une sensation de fatigue, des troubles du sommeil et d’anxiété.
Au contraire, les épisodes maniaques sont caractérisés par une humeur joviale, expansive, une hyperactivité excessive, une accélération psychomotrice, un besoin irrésistible de parler (logorrhée) rapidité de la pensée, idées soudaines, calembours, sommeil raccourci.
Dans de nombreux cas, les troubles sont atténués ou brefs..
Le fumeur présente des états dépressifs mineurs, et surtout des hypomanies qui comportent certains signes de l’accès maniaque, mais atténués.
Il est essentiel d’identifier ces troubles qui ont un retentissement important sur sa vie quotidienne (risque suicidaire, divorces, changements de travail fréquents, conflits personnels, achats compulsifs, projets professionnels, sexualité débridée, conduites à risque)
Ces troubles bipolaires expliquent en partie les conduites addictives.
Ces conduites addictives pouvant être associées ou tournantes, le sujet passant de l’une à l’autre, avec une consommation de produits psychoactifs, tabac, alcool, cannabis.
L’état dépressif est l’élément le plus apparent et le caractère bipolaire du trouble est souvent ignoré.
Les conséquences thérapeutiques sont dramatiques, car le traitement approprié n’est pas mis en œuvre.
Pire le traitement retenu pour une dépression aggrave souvent la situation.
Le diagnostic
Les bipolarités atténuées, proches des états normaux sont parfois difficiles à établir.
Les dépressions avec hypomanie, sont souvent ignorées, car le sujet considère ces périodes où il se sent particulièrement bien, comme normales et bienfaitrices.
Le tabacologue peut être aidé dans le diagnostic par différents questionnaires dont le questionnaire de Angst, le questionnaire d’Akiskal et l’opinion de l’entourage.
Fréquence des troubles bipolaires
Le professeur Gilbert Lagrue rapporte que dans la population générale, en fait, 40 à 50 % des états dépressifs seraient des formes bipolaires.
Dans l’expérience du Centre de tabacologie de Créteil, ces formes dépressives mineures ou atténuées, sont présentes dans près de 40 % des cas chez les fumeurs dépendants.
L’arrêt brutal du tabac, même avec la substitution nicotinique, est une épreuve importante pouvant être cause d’aggravation des troubles de l’humeur, et en particulier d’un état dépressif, au même titre que tout événement pénible de vie.
Une thérapeutique à visée thymorégulatrice permet l’amélioration des troubles psychologiques avec toutes leurs conséquences et facilite ainsi le sevrage tabagique en augmentant les chances de succès.