Volonté et tabac
Regardez autour de vous combien de fumeuses et fumeurs, des femmes et des hommes habituellement volontaires, dynamiques, qui gèrent très correctement leur vie, n’arrivent pas à quitter le tabac.
Pensez-vous vraiment que ces gens manquent de volonté ?
Certes, décider d’arrêter de fumer est un acte volontaire.
En effet sans la volonté d’arrêter de la part du fumeur, rien est possible.
De nombreux fumeurs ont souvent décidé d’arrêter de fumer.
Mais la démarche pour réussir à arrêter de fumer est bien plus complexe qu’il n’y paraît, et la volonté seule, ne sera d’aucun secours.
Un non fumeur, c’est à dire quelqu’un qui n’a jamais fumé ne peut pas comprendre la puissance addictive du tabac.
Je parle bien d’un non-fumeur, pas d’un ex-fumeur.
Addiction et volonté
L’addiction n’est pas du domaine de la volonté.
L’addiction est caractérisée par un besoin irrépressible de consommer un produit, en ce qui nous concerne, le tabac.
La volonté n’y peut rien.
Une amie pleine de bonne volonté
Une amie, qui se débattait avec difficulté pour arrêter de fumer, me disait ses difficultés.
Nous prenions un verre, ensemble, chez-elle.
Elle m’avait annoncé, à mon arrivée, je ne fume pas avant ton départ !
Elle était à un moment de sa vie de fumeuse, où elle se lançait quotidiennement des défis et ne souhaitait pas se faire aider.
Soudain, pendant la conversation, elle attrape son paquet de cigarette et tout en continuant à me parler, allume une cigarette, tire une impressionnante bouffée et souffle un énorme nuage de contentement et de fumée.
« Tu as vu ce que tu viens de faire ? »
Elle me regarde, stupéfaite, mal à l’aise, puis éclate de rire, un rire ambigu, teinté d’inquiétude.
« Je ne m’en suis pas rendu compte », me dit-elle.
Le moment était propice pour lui expliquer comment son organisme, sous l’emprise du tabac, venait de lui dicter son comportement.
Enfin elle a compris qu’elle ne pourrait pas s’en sortir seule.
Je l’ai aidée à lutter contre son tabagisme - 2 paquets par jour depuis trente ans tout de même – la voilà enfin libre.
Elle est maintenant extrêmement fière d’elle d’avoir réussi à vaincre le démon !
Deux ans de combat, de doute, de rechute et d’espoir.
Elle a réussi à se motiver, pour progresser, jour après jour.
Aujourd’hui, elle sait que la volonté n’y fait rien.
Mécanisme de l’addiction
Notre cerveau a un fonctionnement très particulier, sans lequel nous ne pourrions survivre.
Une partie de ce cerveau gère tous les automatismes vitaux.
Si nous devions penser à chaque instant à respirer, à régler notre rythme cardiaque et ces mille choses nécessaires à notre survie, je n’aurai jamais été en mesure d’atteindre un age assez avancé pour écrire ces lignes, et vous pour les lire !
Une partie de notre cerveau, docile magasinier, nous donne soif, quand notre organisme manque d’eau, nous fait respirer quand le sang contient trop de gaz carbonique etc.
Aussi extraordinairement dévoué qu’il est à notre survie, il est malheureusement imparfait !
Il lui arrive de se tromper.
Quand il se trompe, il a beaucoup de mal à le reconnaître.
Et là, il est têtu, mais têtu !
Le tabac trompe le cerveau
Le cerveau se trompe quand il s’agit de tabac !
A la première cigarette, il remarque bien qu’il y a de la nicotine dans le sang et d’autres produits issus du tabac.
Un nouveau fumeur est marqué dès sa première cigarette.
Ce sont les récepteurs nicotiniques qui l’avertissent.
Ces récepteurs nicotiniques portent ce nom parce qu’ils sont sensibles à la nicotine.
Il est rare que l’on devienne addicte dès la première cigarette, mais, ça arrive malheureusement quelquefois, surtout chez les très jeunes fumeurs
En répétant la consommation, arrive un moment où notre cerveau – robot – magasinier intègre que ces produits et principalement la nicotine sont nécessaires à notre survie.
Ce qui est évidemment totalement faux ; mais un fumeur le ressent ainsi.
Pour cette raison, il n’est pas rare de voir un fumeur annuler son premier rendez-vous chez le tabacologue, pris de panique de devoir arrêter de fumer.
A ce moment, le fumeur est piégé dans l’addiction tabagique.
Faim de tabac
Toutes les demi-heures en moyenne, ce cerveau robot – magasinier va déclencher chez le fumeur des stimuli, pour lui donner « faim » de tabac.
Le plus terrible, c’est que ces stimuli vont prendre un aspect de malaise, d’inconfort, de stress.
Sans réfléchir, le fumeur sort une cigarette.
Rien que de l’avoir en main, il va déjà mieux.
Pourtant, il n’a encore rien consommé !
Son cerveau sait que sa dose va arriver.
Comme lorsque affamé(e), de mauvaise humeur peut-être, de vous être assis(e) au restaurant, d’avoir la carte en main, vous allez déjà mieux.
La bonne humeur est revenue, parce que votre magasinier sait que vous allez manger.
La cigarette calme la « faim » de tabac
Et notre diligent magasinier ne va pas aller jusqu’à nous aider à comprendre que ce malaise a été engendré par la cigarette précédente.
Il se contente de l’intendance : bête et discipliné, il y a un manque, il approvisionne.
Un point, c’est tout !
Peu importe l’origine du manque.
Plaisir et tabac
Le besoin comblé, le fumeur éprouve une sensation de bien être, qui confine au plaisir.
Le shoot provoqué par l’arrivée rapide de la nicotine aux récepteurs nicotiniques (moins de 7 seconde entre la bouffée et la réaction des récepteurs nicotiniques – il faut 17 à 18 secondes pour un produit injecté en intraveineuse -.) déclenche une sensation de plaisir intense.
Ces shoots répétés tout au long de la journée jouent un rôle essentiel dans l’addiction tabagique.
Vous en saurez plus sur ce phénomène en lisant cet article consacré au cerveau – robot ou cet autre article sur l’autotitration.
Ne parlez plus de volonté pour arrêter de fumer
Nombre de fumeurs pourtant habituellement volontaires ne comprennent pas ce qui leur arrive.
Désarmés, n’osant pas se l’avouer ou l’avouer à leur entourage, ces fumeurs préfèrent faire l’autruche et dire « Je m’arrête quand je veux » ou « je n’ai pas envie d’arrêter de fumer ».
Au lieu de dire "je voudrais arrêter de fumer, mais je n’y arrive pas. Le tabac est plus fort que moi ! »
Et chaque fois qu’un non-fumeur leur dit "Arrêter de fumer, n’est qu’une question de volonté", chaque fois, c’est une petite blessure, une petite humiliation.
Maintenant, vous savez ; vous ne direz plus « Un peu de volonté », mais « Motive-toi, je suis sûr que tu peux arriver à arrêter de fumer »
Vous serez beaucoup mieux reçu(e), vous verrez !